Le but de l’être humain est de servir tout le monde, tous les peuples, et non de servir seulement certains, ce qui entraîne inévitablement du mal pour les autres.
Pour un chrétien, l’amour de la patrie fait obstacle à l’amour du prochain. Et donc, de même que, dans le monde antique, l’amour de la famille a dû céder la place à l’amour de la patrie, de même, dans le monde chrétien, l’amour de la patrie doit céder la place à l’amour du prochain.
Si nous jugeons contre nature l’aveuglement de ceux qui ne cherchent pas à découvrir le sens de leur vie, l’aveuglement de ceux qui croient en Dieu tout en menant une vie mauvaise est encore plus terrible. Presque tout le monde tombe sous l’une ou l’autre de ces formes d’aveuglement.
— Pascal
Si l’être humain a perdu sa véritable nature, alors tout devient sa nature ; de même, si le véritable bien est perdu, tout lui devient bon.
— Pascal
Le patriotisme est le dernier refuge des canailles.
— Johnson
Le patriotisme n’est pas une vertu ; sacrifier sa vie pour une superstition obsolète de l’État ne peut être notre devoir.
— Théodore
À notre époque, le patriotisme sert de justification à toutes sortes de maux sociaux et à toutes sortes de bassesses individuelles. On fait croire à l’homme que, pour le bien de son pays, il doit rejeter tout ce qui rend son pays respectable ; au nom du patriotisme, il doit se soumettre à toutes les causes honteuses, qui, en corrompant des individus honnêtes, mènent la nation tout entière à la ruine.
— Beecher Stowe
Les hommes commettent beaucoup de maux par égoïsme, et encore plus au nom de leur famille ; mais les pires atrocités — espionnage, imposition d’impôts ruineux sur le peuple, et l’effroyable boucherie de la guerre — sont commises au nom du patriotisme, et ceux qui les commettent en sont fiers.
À notre époque de communications internationales, prêcher un amour exclusif pour sa nation et une constante disponibilité à la guerre contre une autre nation revient à prêcher, parmi des peuples pacifiques, un amour exclusif pour son village et à rassembler des forces armées dans chaque village et à y construire des forteresses. L’amour exclusif de la patrie, qui autrefois avait uni les membres d’une nation, à notre époque, où les hommes sont déjà unis par les communications, le commerce, l’industrie, la science, l’art et, surtout, par la conscience morale, n’unit plus les peuples, mais les divise.
L’amour de la patrie est aussi naturel que l’amour de la famille, mais, de même que l’amour de la famille, il ne peut en aucune manière être une vertu ; il peut au contraire devenir un vice lorsqu’il outrepasse les limites qui violent notre amour du prochain.
Le patriotisme est si peu naturel aux hommes de notre temps qu’il ne peut être éveillé que par suggestion. C’est précisément ce que font les autorités et ceux qui profitent du patriotisme : ils l’insufflent à ceux qui ne le ressentent plus et pour qui il est nuisible. Méfiez‑vous de cette tromperie.
