L’art est une activité humaine par laquelle une personne utilise consciemment certains moyens extérieurs pour transmettre aux autres les sentiments qu’elle éprouve, et ces autres sont contaminés par ces sentiments et les ressentent à leur tour.
Une véritable œuvre d’art abolit, dans l’esprit de celui qui la contemple, la barrière entre lui et l’artiste, et non seulement entre lui et l’artiste, mais aussi entre lui et tous ceux qui contemplent la même œuvre. C’est cela qui libère l’individu de sa séparation d’avec les autres, de sa solitude ; c’est cela qui l’unit aux autres et constitue la principale force d’attraction et la qualité bénéfique de l’art.
De même qu’une œuvre de pensée n’en est une que lorsqu’elle transmet des idées nouvelles, et non lorsqu’elle répète ce qui est déjà connu, une œuvre d’art n’est véritablement une œuvre d’art que lorsqu’elle introduit un sentiment nouveau dans la vie quotidienne des gens.
L’art est l’un des deux organes du progrès humain. L’être humain utilise les mots pour partager ses pensées, et les formes artistiques pour partager ses sentiments, non seulement avec ses contemporains, mais aussi avec ceux qui viendront. De même que le perfectionnement du savoir se produit lorsque des connaissances plus justes et plus utiles remplacent celles qui sont erronées et inutiles, de même le perfectionnement des sentiments s’opère, grâce à l’art, lorsque des sentiments bas, moins bienveillants et moins utiles au bien commun, sont remplacés par des sentiments plus élevés, plus bienveillants et plus utiles. Telle est la finalité de l’art.
Emerson affirme que la musique révèle à l’être humain la grandeur potentielle présente dans son âme. On peut en dire autant de tout véritable art.
L’art est la fleur de la vie d’une société tout entière. La fleur d’une société comme celle des parasites cruels des classes supérieures de notre chrétienté ne peut être bonne ; elle sera inévitablement corrompue et hideuse. Tel est l’art de notre société, qui a récemment atteint le plus haut degré de corruption et de laideur.
Si l’on demandait s’il vaut mieux que notre chrétienté perde tout ce qui est aujourd’hui considéré comme de l’art, y compris le faux art, ou qu’elle perde seulement tout le bon art existant, alors toute personne raisonnable et morale répondrait comme Platon pour sa république, et comme l’ont fait tous les maîtres chrétiens et musulmans de l’humanité : « Il vaut mieux qu’il n’y ait pas d’art du tout plutôt que de laisser perdurer l’art corrompu et factice de notre époque. »
Les figures actuelles de la science et de l’art n’ont pas rempli et ne peuvent pas remplir leur vocation, parce qu’elles ont transformé leurs devoirs en droits.
Notre art raffiné et décadent n’a pu naître que sur l’esclavage des masses et ne peut subsister que tant que cet esclavage perdure.
