La conscience de la fraternité et de l’égalité de tous les êtres humains se répand de plus en plus à travers l’humanité.
Celui qui a dit : « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos » est devenu, par ces paroles, le centre de toute l’humanité, car toute l’humanité vit sous le joug du travail et de l’oppression. Réfléchissons à ceux qui ne portent pas ce fardeau, mais le font porter aux autres, à ceux qui exploitent le travail d’autrui et l’oppriment : combien en sont‑ils ? Un million d’esclaves pour chaque maître, un million de créatures pour chaque démon chanceux, courbées vers la terre, qu’elles arrosent de leur sueur et de leurs larmes. Ces pauvres êtres — ce sont les brebis du bon berger, les brebis du Christ, pour lesquelles il a donné sa vie. Il les appelle à lui, et, peu à peu, à mesure que les temps promis rapprochent, elles redressent la tête et écoutent sa voix, elles le reconnaissent et sont prêtes à le suivre. Ces brebis viendront à lui de chaque bergerie, de chaque nation, car toutes appartiennent au bon berger, et il les rassemblera. Éparses, divisées, elles se hâtent vers lui dans une attente confuse, fuyant les pâturages où on les livrerait à des mercenaires — ceux qui abandonnent leurs brebis et prennent la fuite dès qu’ils voient un loup — ou à des étrangers qui ne pensent qu’à leurs profits, à la satisfaction de leur avarice, et qui se vêtiront de leur laine, se nourriront de leur chair. Et lorsqu’elles parviendront au bon berger, toutes les brebis se rassembleront autour de lui, et il n’y aura qu’un seul troupeau et un seul berger.
Le but de la mission terrestre du Christ est celui‑ci : rassembler en une nation de frères tous les humains, unir tous les hommes les uns aux autres en les unissant à Dieu, et affirmer cette union sous la loi sacrée du progrès infini et illimité de l’amour, qui est la vie éternelle de l’univers.
— Lamennais
Comprenons‑nous notre fraternité spirituelle ? Comprenons‑nous que nous venons d’un seul Père céleste, dont l’image vit en nous, et dont la perfection est toujours à portée de notre approche ? Avons‑nous reconnu que ce qui habite l’âme de chaque homme est la même vie divine qui habite en nous ? Et pourtant, c’est là la seule chose qui puisse former un véritable lien, libre et solide, entre les êtres humains.
Pour changer l’ordre de la vie des hommes, il faut une nouvelle révérence réciproque. Tant que les hommes regarderont leurs semblables presque comme du bétail, comme ils le font aujourd’hui, ils continueront à les traiter comme du bétail, et à les transformer, par la force ou la ruse, en instruments pour atteindre leurs buts. Il n’y aura pas de fraternité tant qu’ils n’auront pas reconnu leur parenté, leur relation à Dieu et le grand but pour lequel la vie leur a été donnée.
Aujourd’hui, de telles pensées passent pour des rêves, et le maître qui ose espérer que les hommes croient à leur fraternité et à leur filiation divine est traité de visionnaire. Et pourtant, si cette simple vérité était admise, toute la société serait transformée, et des rapports entre les hommes s’établiraient que nous ne pouvons même pas imaginer aujourd’hui. Aucun de nous ne peut concevoir le changement de comportement, la douceur, le respect, la tendresse et l’énergie pour le bien de la société qui naîtraient si l’on parvenait à pénétrer le niveau spirituel des autres et à saisir le sens de l’âme même du plus humble des êtres humains. Alors, ces insultes, offenses et humiliations que nous ne remarquons pas aujourd’hui outrageraient davantage que les plus grands crimes de notre temps. Chaque être humain serait alors sacré aux yeux d’autrui, et une insulte faite à un être humain serait un acte de hostilité contre Dieu. En acceptant cette vérité, l’homme serait incapable d’abuser de son prochain, car il verrait le divin en lui. Il est impossible d’imaginer une vérité plus pratique que cette doctrine. Oui, nous avons besoin d’une nouvelle révélation — non pas du ciel ou de l’enfer, mais de l’Esprit qui vit en nous.
— Channing
Tu ne peux pas aimer quelqu’un que tu crains, ni quelqu’un qui te craint.
— Cicéron
Ceux qui prêchent la morale tout en limitant tes devoirs à ta famille et à ta patrie ne prêchent que l’égoïsme, dont l’étendue peut varier, mais qui est toujours nuisible à toi et aux autres. La famille et la patrie sont deux cercles contenus dans un cercle plus vaste encore : l’humanité. Ce sont deux étapes que nous devons franchir, mais auxquelles nous ne devons pas nous arrêter.
— Giuseppe Mazzini
La conscience de son unité avec toute l’humanité, qui découle de la reconnaissance d’une source divine unique en chacun, donne aux hommes le bien commun le plus élevé — à la fois intérieur, privé, et extérieur, social. Cette conscience est le plus obscurcie par les superstitions de l’État, du peuple, des classes sociales et de la religion. La véritable religion est précisément ce qui établit cette conscience-là.
