Sagesses du 28 décembre

Ce qu’on appelle la science est soit l’activité humaine la plus importante, lorsqu’elle a pour but de découvrir les lois de la vie humaine, soit l’activité la plus insignifiante et engourdissante, lorsqu’elle s’attache à tout ce qui peut éveiller la curiosité des oisifs.

1

Il semblerait que, pour reconnaître l’importance de ce qu’on appelle science, il faille d’abord prouver que ces activités sont utiles. Les hommes de science répondent en général qu’ils travaillent sur des sujets reconnus, et que quelqu’un, quelque part et un jour, trouvera bien ce travail utile.

2

Il existe une superstition scientifique grossière, qui vient de la même source que la superstition religieuse — le désir de satisfaire les faiblesses humaines — et qui est aussi nuisible, sinon plus, que la superstition religieuse. Les gens se trompent et mènent une vie mauvaise. Quand l’être humain se rend compte de l’erreur de sa vie, sa réponse naturelle est de vouloir se transformer, mais alors intervient la « science » — la science du droit gouvernemental, financier, ecclésiastique, pénal, politique, et de tous les autres droits, la science de l’économie politique, de l’histoire et, la plus à la mode, la sociologie — et il se trouve que la vie mauvaise des hommes est le fruit de lois immuables, et que le devoir des hommes n’est pas de tenter de surmonter leurs faiblesses et de rendre leur vie meilleure, mais simplement d’assister à l’écoulement de leur vie selon les lois découvertes par les savants. Cette superstition contredit si clairement le sens commun et la conscience humaine qu’elle n’aurait jamais pu être acceptée si elle n’offrait une justification si réconfortante à une vie déréglée. Les superstitions religieuses n’ont jamais causé et ne peuvent causer un mal de cette sorte.

3

Nous manquons de connaissances pour comprendre même le fonctionnement de notre propre corps. Songez à ce qui est nécessaire : le corps requiert l’espace, le temps, le mouvement, la chaleur, la lumière, la nourriture, l’eau, l’air, et bien d’autres choses encore. Mais, dans la nature, tout est si étroitement lié que comprendre une chose sans étudier les autres est impossible. On ne peut comprendre une partie sans comprendre le tout. Nous ne comprendrons le fonctionnement du corps que lorsque nous saurons tout ce dont il a besoin, et pour cela il nous faudra connaître tout l’univers. Or l’univers est infini et insondable pour l’esprit humain. Il s’ensuit que nous ne pouvons jamais saisir entièrement même le fonctionnement de notre propre corps.

Pascal

4

À l’instar des divertissements, jeux, manèges, promenades, etc., l’étude des sciences inutiles à la vie spirituelle — telle l’astronomie, les mathématiques, la physique, etc. — ne devrait être pratiquée que lorsqu’elles ne se mettent pas en travers de nos devoirs. Il est tout aussi immoral de se consacrer à des sciences qui ne contribuent pas au bien véritable et spirituel de l’humanité qu’il est immoral de passer son temps en divertissements au détriment de ses obligations directes.

La science n’est pas ce que les hommes désignent généralement par ce mot, mais ce qui constitue le sujet d’étude le plus élevé et le plus nécessaire au bien de l’humanité.