« Tu ne tueras point » ne s’applique pas seulement au meurtre des êtres humains, mais aussi à celui de tous les êtres vivants. Et ce commandement était inscrit dans le cœur de l’homme avant même d’être proclamé sur le mont Sinaï.
Aussi convaincants que puissent être les arguments contre le végétarisme, l’être humain ne peut s’empêcher d’éprouver de la pitié et du dégoût face à l’abattage d’un mouton ou d’une poule. La plupart des gens préféreront toujours se priver du plaisir et des bienfaits de la viande plutôt que d’avoir à tuer eux-mêmes.
« Mais si nous devons épargner les moutons et les lapins, alors nous devons aussi épargner les loups et les rats », disent les opposants au végétarisme. Mais nous les épargnons et nous cherchons à les épargner, répondent les végétariens, et nous essayons de trouver des moyens de réduire les nuisances qu’ils causent sans recourir à leur mise à mort — et ces moyens existent. Si vous dites la même chose des insectes, alors, bien que nous n’éprouvions pas pour eux une pitié directe (Lichtenberg dit que notre pitié envers les animaux est proportionnelle à leur taille), nous pensons néanmoins qu’il est possible d’en ressentir (comme Silvio Pellico en éprouvait pour une araignée), et nous pouvons aussi trouver des moyens de nous en défendre sans les tuer. « Mais les plantes sont aussi des êtres vivants, et vous détruisez leur vie », disent encore les opposants. Mais cet argument même définit mieux que tout l’essence du végétarisme et montre comment en satisfaire les exigences. Le végétarisme idéal consiste à consommer des fruits, c’est-à-dire l’enveloppe extérieure d’une graine contenant la vie : pommes, pêches, pastèques, courges, baies. Les hygiénistes considèrent cette alimentation comme la plus saine, et en la consommant, l’être humain ne détruit pas la vie. Il faut aussi remarquer que le goût agréable des fruits, enveloppes des graines, fait que les humains, en les cueillant et en les mangeant, les dispersent sur la terre et contribuent à leur multiplication.
À mesure que la population humaine croît et que l’humanité s’éclaire, elle passe de la consommation d’autres humains à celle des animaux, puis des animaux aux graines et aux racines, et de ce mode d’alimentation au plus naturel : la consommation de fruits.
L’appropriation de vastes étendues de terres par de grands propriétaires a fait des fruits un luxe. Plus la terre est répartie équitablement, plus la culture des fruits se développe.
Savoir lire et écrire ne constitue pas une véritable éducation si cela n’aide pas à rendre les gens plus bienveillants envers toutes les créatures.
— John Ruskin
Le caractère déraisonnable, injuste et nuisible de la consommation de viande, tant sur le plan moral que matériel, est devenu si évident ces dernières années qu’elle n’est plus soutenue par des arguments, mais seulement par l’influence de la tradition et de l’habitude. C’est pourquoi il n’est plus nécessaire de démontrer aux gens l’irrationalité évidente de manger de la viande : cette pratique disparaît d’elle-même.
