Sagesses du 17 décembre

Le fait que nous nous reconnaissions comme des êtres distincts des autres, et les autres comme distincts de nous et les uns des autres, est une idée qui vient des conditions de notre existence dans le temps et dans l’espace. Moins cette séparation est maintenue, plus nous acceptons notre unité avec tous les êtres vivants, et plus notre vie devient facile et joyeuse.

1

Car le corps n’est pas un seul membre, mais plusieurs membres. Si le pied disait : « Puisque je ne suis pas la main, je ne fais pas partie du corps », il ne serait pas pour autant hors du corps. Si l’oreille disait : « Puisque je ne suis pas l’œil, je ne fais pas partie du corps », elle ne serait pas pour autant hors du corps. Si le corps entier était un œil, où serait la faculté d’entendre ? S’il était tout ouïe, où serait la faculté de sentir ? L’œil ne peut pas dire à la main : « Je n’ai pas besoin de toi », ni la tête aux pieds : « Je n’ai pas besoin de vous. » Non, bien au contraire, les membres du corps qui semblent plus faibles sont nécessaires. Quand un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui ; quand un membre est honoré, tous les membres se réjouissent avec lui.

1 Corinthiens 12, 14–17, 21–22, 26

2

Une branche coupée de sa ramure se trouve séparée de l’arbre entier. Quand un être humain est en discorde avec un autre, il se sépare du genre humain tout entier. Mais, alors que la branche est coupée par la main d’un autre, l’homme s’aliène lui‑même de son prochain par sa propre haine et sa colère, sans comprendre qu’il se coupe de toute l’humanité. Le Dieu qui a appelé les hommes à vivre entre eux comme frères leur a pourtant donné la liberté de faire la paix entre eux après une querelle.

Marc Aurèle

3

Dieu, après avoir créé les cieux et la terre, qui ne connaissent pas la joie de leur existence, voulut créer des êtres capables de percevoir ce bonheur et de former un corps de membres doués de sensibilité. Tous les êtres humains sont les membres de ce corps ; pour être heureux, ils doivent conformer leur volonté à la volonté générale qui gouverne l’ensemble du corps. Pourtant, l’homme croit souvent être tout ; ne voyant pas le corps dont il dépend, il pense ne dépendre que de lui‑même et veut se faire centre et tout le corps. Mais, dans ce cas, il est comme un membre séparé de son corps, qui, faute de recevoir en lui‑même la source de la vie, erre sans but, surpris de l’incompréhensibilité de son existence. Quand, enfin, il saisit son but, il revient en lui‑même, en quelque sorte : il comprend qu’il n’est pas le corps entier, mais seulement un membre d’un corps général, et que « être membre » signifie vivre uniquement par et pour la vie du corps entier ; que la vie d’un membre séparé de son corps n’est que mort et ruine, et qu’il faut aimer soi‑même seulement pour l’amour de ce corps, ou plutôt qu’il faut aimer uniquement ce corps général, car, en l’aimant, on s’aime soi‑même, puisqu’on ne peut vivre que dans ce corps et par ce corps.

Pour définir l’amour qu’on doit se porter à soi‑même, il faut imaginer un corps composé de membres sensibles, car nous sommes les membres du tout, et décider comment chaque membre devrait s’aimer. Le corps aime le bras, et le bras, s’il avait une volonté, devrait s’aimer comme le corps l’aime. Tout amour plus fort que celui‑là serait erroné. Si les bras et les jambes avaient une volonté propre, ils ne seraient en ordre que s’ils obéissaient au corps ; sans cela, ils seraient désordre et souffrance. S’ils désirent le bien du corps, ils obtiennent le bien pour eux‑mêmes.

Les membres de notre corps ne ressentent pas la joie de leur interconnexion, leur merveilleuse concorde ; ils ne savent pas combien d’effort la nature a déployé pour leur inspirer l’esprit de concorde, les forçant à croître et à exister ensemble. Et si, après avoir acquis la raison, ils l’employaient à garder pour eux‑mêmes la nourriture reçue, sans la transmettre aux autres membres, ils ne seraient pas seulement injustes, mais aussi malheureux, et ils finiraient, très probablement, non par s’aimer, mais par se haïr, car leur félicité, comme leur devoir, exige une harmonie avec l’activité de l’âme générale à laquelle ils appartiennent et qui les aime davantage qu’eux‑mêmes.

Pascal

La conscience de notre unité avec tous les autres êtres se manifeste en nous comme l’amour. L’amour est l’extension de notre vie. Plus nous aimons, plus notre vie devient large, pleine et joyeuse.