Sagesses du 20 décembre

La corruption du christianisme par l’Église nous a éloignés de la réalisation du royaume de Dieu, mais la vérité du christianisme, comme la flamme d’un feu de camp longtemps étouffée sous du bois mouillé, a déjà séché les branches humides, commence à les envelopper et à se frayer un chemin vers l’extérieur. On peut déjà voir le véritable sens du christianisme, et son influence est désormais plus puissante que l’illusion qui cherche à le cacher.

1

Nous devons séparer la religion que Jésus a prêchée de la religion dont l’objet est Jésus. Et quand nous aurons découvert l’état de conscience qui est le noyau et le principe de l’Évangile éternel, nous devons nous y tenir. De même que les pauvres illuminations d’une fête de village ou les petites bougies d’une procession s’évanouissent devant le grand miracle du soleil, de même les miracles insignifiants, localisés, aléatoires et douteux disparaîtront devant la loi de la vie de l’âme, devant le grand spectacle de l’histoire humaine, dirigée par Dieu.

Amiel

2

Je vois une nouvelle religion, fondée sur la confiance entre les êtres humains, qui nous appelle aux profondeurs vierges en nous‑mêmes. Elle prêche que l’être humain peut aimer le bien sans penser à être récompensé, et que la source divine demeure en lui.

Salter

3

Ce dont nous avons besoin, ce dont le peuple a besoin, ce que notre siècle exige pour sortir de la fange de l’égoïsme, du doute et de la négation dans laquelle il est englué, c’est une foi. Une foi dans laquelle nos âmes cesseraient de vagabonder à la recherche de profit individuel et marcheraient ensemble, en reconnaissant une origine unique, une loi unique, un but unique. Une foi puissante, surgie sur les ruines des vérités anciennes et usées, transforme l’ordre social existant, parce que toute foi puissante se répand fatalement dans toutes les branches de l’activité humaine. L’humanité répète, avec des mots différents et à des degrés divers, la prière du Seigneur : « Que ton royaume vienne. Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. »

Giuseppe Mazzini

4

Il existe des gens qui n’aiment que eux‑mêmes : ce sont des êtres de haine, car aimer uniquement soi‑même, c’est haïr les autres. Il existe des gens d’orgueil qui ne supportent pas qu’on leur soit égal, et qui veulent toujours commander et dominer. Il existe des gens égoïstes qui demandent l’or, les honneurs, les plaisirs, et qui ne peuvent jamais se satisfaire. Il existe des brigands qui guettent toujours les faibles pour les dépouiller par la force ou la ruse, et qui rôdent autour de la maison de la veuve ou de l’orphelin. Il existe des gens de meurtre, remplis de pensées de violence. Ils disent : « Vous êtes nos frères », et ils tuent ceux qu’ils appellent leurs frères dès qu’ils soupçonnent qu’ils se dressent contre leurs projets, et ils écrivent leurs lois dans le sang. Il existe des gens de peur qui tremblent devant l’homme mauvais et baisent sa main dans l’espoir d’échapper à son oppression. Tous ces hommes détruisent la paix, la sécurité et la liberté sur la terre.

Mais que pourraient ces oppresseurs, s’ils étaient abandonnés à eux‑mêmes, sans le soutien du peuple ? Et s’ils devaient maintenir le peuple dans l’esclavage avec l’aide seulement de ceux qui bénéficient de l’esclavage — que pourrait faire cette minorité contre des nations entières ? La sagesse de Dieu a établi le monde de telle sorte que les hommes puissent toujours résister à la tyrannie, et que la tyrannie serait impossible si les hommes comprenaient cette sagesse divine.

Mais les maîtres du monde ont opposé à la sagesse de Dieu la sagesse du prince du monde — le démon — et le démon, roi des oppresseurs du genre humain, leur a enseigné un tour infernal pour consolider leur despotisme. Il leur a dit : « Voici ce que vous devez faire. Prenez des jeunes hommes dans chaque famille, donnez‑leur des armes et apprenez‑leur à s’en servir, et ils combattront leurs pères et frères, car je saurai leur faire croire que c’est là leur gloire. Je leur créerai deux idoles, que l’on appellera l’honneur et la loyauté, et dont la loi sera l’obéissance aveugle. Ils aimeront ces idoles et suivront fidèlement cette loi, car j’affaiblirai leur esprit, et vous n’aurez plus rien à craindre. »

Et les oppresseurs du genre humain ont fait ce que le démon leur disait, et le démon a tenu ses promesses. Et maintenant le peuple lève la main contre lui‑même, frappe ses frères, emprisonne ses pères, et même oublie celles qui les ont portés dans leur sein. Et quand on leur dit : « Au nom de tout ce qui est sacré, songez à l’injustice et à la cruauté de ce qu’on vous ordonne », ils répondent : « Nous ne pensons pas, nous obéissons. » Et quand on leur parle de Dieu et de Christ, ils disent : « Nos dieux sont la loyauté et l’honneur. »

En vérité, je vous le dis : il n’y a jamais eu de tentation plus terrible que celle‑là. Mais cette tentation touche à sa fin. Très bientôt, le démon disparaîtra, avec les oppresseurs du genre humain.

Lamennais

5

On ne doit pas espérer voir brusquement venir l’avènement du royaume des cieux, mais on ne doit pas douter qu’il viendra. Il s’approche sans cesse.

Ne pensez pas que, même si le christianisme de l’Église est incomplet, unilatéral et formel, il reste encore du véritable christianisme. Ne le croyez pas. Non seulement le christianisme de l’Église n’est pas le christianisme, mais il est l’ennemi le plus mauvais du véritable christianisme. Le christianisme de l’Église se tient actuellement vis‑à‑vis du véritable christianisme comme un criminel pris en flagrant délit. Il n’a que deux issues : se détruire lui‑même, ou continuer à commettre de plus en plus de crimes. Et, malgré la désespérance de sa situation, il poursuit encore son activité criminelle et terrible.