Rien ne s’oppose autant à l’amélioration de la société que l’idée selon laquelle cette amélioration peut se faire en changeant seulement les formes extérieures. Cette fausse croyance oriente les actions des hommes vers ce qui ne peut pas améliorer leur vie, et les éloigne de ce qui le peut.
La vie de la société repose sur la conscience, non sur la science. Avant tout, la civilisation est une affaire de morale. S’il n’y a pas d’honnêteté, pas de respect des droits, pas de respect des devoirs, pas d’amour du prochain — en un mot, s’il n’y a pas de vertu — alors tout est en danger, tout s’effondre, et ni la science, ni l’art, ni les luxes, ni l’industrie, ni la rhétorique, ni la police, ni les douanes ne pourront maintenir debout un édifice sans fondement. Un État fondé uniquement sur l’intérêt et cimenté par la peur est une construction à la fois répugnante et fragile. Seule la moralité des masses forme une base durable pour toute civilisation, et le devoir en est la pierre angulaire. Ceux qui l’accomplissent en silence, par le bon exemple, sont les sauveurs et les soutiens du monde brillant qui ne les connaît pas. Dix justes auraient sauvé Sodome, mais des milliers et des milliers d’hommes de bien sont nécessaires pour sauver le peuple de la corruption et de la ruine.
— Amiel
Le véritable chemin de la pensée ne consiste pas à créer de nouvelles lois pour une autorité temporelle ou spirituelle, mais à reconnaître la dignité morale de tout être humain. Un tel chemin aiderait le progrès de l’humanité bien plus efficacement que toutes les tristes tentatives de l’aveugle pour conduire l’aveugle, où les deux tombent ensemble dans le fossé du dogme et de l’autorité.
— Yates
La question n’est pas de savoir s’il faut choisir le christianisme ou le socialisme. Ces deux enseignements sont si différents en essence qu’on ne peut même pas les comparer entre eux. Le christianisme parle de la signification éternelle de tout l’univers, de la divinité, et donc de l’indestructibilité de notre essence spirituelle, du but de l’être humain, et, incidemment, de la manière correcte de satisfaire ses besoins matériels qui découle de cette perspective. Comparé au christianisme, le socialisme traite d’une question moindre et secondaire : la satisfaction des besoins matériels de la classe ouvrière, question qui n’est pas liée à la question première du sens de la vie humaine. On peut se demander si le christianisme est compatible avec le socialisme, mais on ne peut pas se demander lequel il faut choisir, du christianisme ou du socialisme.
— Fiodor Strakhov
Les anarchistes ont raison de rejeter l’ordre existant, et de soutenir qu’avec les mœurs actuelles il n’y a rien de pire que la violence de l’État, mais ils se trompent gravement en croyant que l’anarchie peut être instaurée par la révolution. L’anarchie viendra, mais elle ne viendra que lorsque de plus en plus de gens n’auront plus besoin de la protection de l’État, et de plus en plus de gens auront honte d’utiliser ce pouvoir ou d’y prendre part.
Je pense que nous devons être d’abord des hommes, et ensuite des sujets. Il n’est pas souhaitable de cultiver tellement le respect de la loi, mais celui du juste. La loi n’a jamais rendu les hommes un iota plus justes ; et, grâce au respect qu’ils lui portent, même les bien‑intentionnés deviennent chaque jour les agents de l’injustice.
— Thoreau
Nous, êtres humains, devons comprendre que nous sommes tous les enfants d’un même Père, appelés sur la terre pour accomplir une même loi commune ; que chacun de nous doit vivre non pour lui‑même, mais pour les autres ; que le but de la vie ne consiste pas à être plus ou moins heureux, mais à devenir plus vertueux et à aider les autres à faire de même ; que combattre l’injustice et l’erreur partout où nous les rencontrons n’est pas seulement notre droit, mais aussi notre devoir — le devoir de toute notre vie, que nous ne pouvons ni négliger ni violer sans tomber dans un grand péché.
— Giuseppe Mazzini
L’anarchie ne veut pas dire l’absence d’institutions, mais seulement l’absence de ces institutions qui forcent les hommes à leur obéir par la violence. C’est comme si on ne pouvait concevoir d’autre manière pour une société de créatures raisonnables de s’organiser que par la violence.
Les problèmes sociaux n’ont pas de frontières.
— Victor Hugo
Accepter et se soumettre à des lois fausses et violentes rend impossible non seulement d’établir la vérité, mais même de réduire le mensonge.
