Sagesses du 6 mars

L’amour pour Dieu est un amour de lui-même — un amour de l’amour. Cet amour est le plus grand bien. Un tel amour n’admet pas la possibilité de l’aversion pour aucun être. Dès qu’on éprouve de l’aversion pour une seule personne, on perd son amour pour Dieu et le bien qui en découle.

1

Un docteur de la loi lui posa une question pour le mettre à l’épreuve : « Maître, quel est le plus grand commandement de la Loi ? » Jésus lui répondit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée. C’est le premier et le plus grand commandement. Et voici le second, qui lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. De ces deux commandements dépendent toute la Loi et les Prophètes. »

Matthieu 22:35–40

2

D’où viennent tous les malheurs et les tourments de l’âme ? Uniquement de l’attachement de l’âme à des choses qu’elle ne peut pas continuer à posséder parce qu’elles sont toujours en flux. Les gens craignent et souffrent seulement pour les objets qu’ils aiment, et toutes les humiliations, les soupçons, les inimitiés — tout cela vient seulement d’un amour pour des objets qu’un être humain ne peut jamais posséder entièrement. Seul l’amour d’un objet éternel et infini donne à notre âme une joie pure ; c’est vers ce bien que nous devons tendre de toutes nos forces. C’est pourquoi le plus grand bien humain ne dépend pas seulement de notre perception de Dieu, mais consiste entièrement en elle. La raison en est claire : la perfection d’un être humain grandit à mesure que grandit la perfection de l’objet qu’il aime par-dessus tout, et inversement. Il est donc clair que plus un être humain aime l’être le plus parfait, c’est-à-dire Dieu, et plus il se livre à cet amour, plus il devient parfait et plus il participe au plus grand bien. Ainsi, notre plus grand bien et le fondement de notre béatitude résident uniquement dans la perception de Dieu et dans notre amour pour lui.

Spinoza

3

Un amour du prochain sans amour de Dieu est comme une plante sans racines. Un amour de l’être humain sans amour de Dieu est un amour de ceux qui nous aiment, de ceux qui nous plaisent, de ceux qui sont beaux et heureux. Un tel amour se change souvent en inimitié. En revanche, quand nous aimons notre prochain parce que nous aimons Dieu, alors nous aimons aussi ceux qui ne nous aiment pas, ceux qui nous semblent désagréables, ceux qui sont laids, ceux dont le corps nous repousse. Cet amour est réel et solide, et il ne s’affaiblit pas mais se renforce avec le temps ; il apporte toujours plus de bien à celui qui l’éprouve.

4

Les gens disent : je ne comprends pas ce que veut dire aimer Dieu. Mais qui peut comprendre ce que veut dire aimer quelque chose ou quelqu’un ? Seul celui qui aime peut le comprendre. Si quelqu’un ne sait pas ce que veut dire aimer l’art ou la science, comment peut-on l’expliquer à qui ne sait pas ce que sont l’art ou la science ? Comment expliquer à quelqu’un ce que veut dire aimer Dieu, quand il ne sait même pas ce qu’est Dieu et qu’il tire orgueil de son ignorance ?

On dit qu’il faut craindre Dieu. Ce n’est pas vrai. Il faut aimer Dieu. Et comment aimer celui qu’on craint ? Et d’ailleurs, il est impossible de craindre Dieu parce que Dieu est amour. Comment craindre l’amour ? Il faut aimer Dieu, non le craindre. Et si tu commences à aimer Dieu et cesses de le craindre, alors tu ne craindras plus rien dans le monde.