Sagesses du 16 mars

Le grand mal de la science de notre temps consiste en ceci : incapable d’étudier tout et ne sachant pas, sans l’aide de la religion, ce qu’il convient d’étudier, elle n’étudie que ce qui est nécessaire et agréable aux gens de science, qui eux-mêmes mènent une vie fausse. Le plus nécessaire pour eux est le statu quo, dont ils tirent profit. Et ce qu’ils trouvent le plus agréable, c’est la satisfaction d’une curiosité oisive.

1

L’étude de l’histoire naturelle en Allemagne est enfin arrivée à un point de folie. Bien qu’un insecte et un être humain aient une valeur égale aux yeux de Dieu, ils ne le sont pas aux yeux de notre raison humaine. Un être humain a tant de choses à mettre en ordre avant de s’occuper d’oiseaux et de papillons ! Explore ton âme ; apprends à ton esprit à être prudent dans ses jugements et à ton cœur à être paisible. Apprends à comprendre les êtres humains et arme-toi du courage de dire la vérité pour le bien de ton prochain. Aiguise ton esprit par les mathématiques si tu ne trouves pas d’autre moyen de le faire ; mais méfie-toi de la classification des petits insectes, dont la connaissance superficielle est totalement inutile, tandis qu’une connaissance précise t’éloigne vers l’infini. « Mais Dieu est aussi infini dans l’insecte que dans le soleil », pourrais-tu dire. Je l’accepte volontiers. Il est aussi sans mesure dans un grain de sable, dont personne n’a encore systématisé les variétés. Si tu n’as pas une vocation particulière à aller ramasser des perles dans les pays où existe ce sable, reste ici et cultive ton champ : il exigera toute ton attention ; et n’oublie pas que la capacité de ton cerveau est finie. Là, dans l’espace occupé par l’histoire d’un papillon, tu pourrais peut-être trouver un peu de place pour les pensées des sages, qui pourraient t’inspirer.

Lichtenberg

2

La sagesse ne consiste pas à connaître beaucoup de choses. Nous ne pouvons pas tout savoir. La sagesse ne consiste pas à savoir autant que possible, mais à savoir quelle connaissance est la plus nécessaire, laquelle l’est moins, et laquelle l’est encore moins. De toutes les connaissances nécessaires à un être humain, la plus importante est la connaissance de la manière de bien vivre, c’est-à-dire de vivre de façon à faire le moins de mal possible et le plus de bien possible. À notre époque, cependant, les gens apprennent toutes sortes de sciences inutiles, mais n’apprennent pas celle dont ils ont le plus besoin.

3

Où réside la plus grande insolence ? Elle réside dans le refus, pour Dieu, de considérations qui nous sont incompréhensibles.

Calvin

4

Celui qui parle beaucoup sait peu ; celui qui sait le plus parle le moins. Cela vient du fait que celui qui sait peu pense que tout ce qu’il sait est important, et il veut le dire à tout le monde. Celui qui sait beaucoup sait aussi qu’il y a bien davantage qu’il ne sait pas, et c’est pourquoi il ne parle que lorsque les autres ont besoin de lui ; mais quand on ne lui demande rien, il se tait.

D’après Rousseau

5

Quand un vrai savant comprend les exigences de la raison, il cherche à les accomplir. Quand un savant moyen entend les exigences de la raison, tantôt il les accomplit, tantôt non. Quand un mauvais savant entend les exigences de la raison, il s’en moque. Si elle n’était pas moquée, la raison ne serait pas la raison.

Laozi

6

La preuve la plus significative et nécessaire de l’intelligence et de la compréhension est de savoir quelles questions on peut poser. Car si une question est absurde et conduit à des réponses inutiles, alors, en plus de déshonorer celui qui la pose, elle est aussi désagréable parce qu’un auditeur inattentif pourrait y répondre sans le vouloir par une absurdité. On obtient alors un spectacle ridicule où, selon les anciens, l’un trait la chèvre pendant que l’autre tient un tamis dessous.

Kant

Si toute connaissance était connaissance de la vérité, alors tout savoir serait utile. Mais, parce que les faux raisonnements passent souvent pour de la connaissance, on ne saurait être trop exigeant dans le choix du savoir que l’on veut acquérir.