La raison montre aux hommes où ils dévient de la loi de la vie. Mais les hommes sont si habitués à ces déviations et les trouvent si agréables qu’ils cherchent à étouffer la raison pour qu’elle ne gêne pas leur mode de vie habituel.
Et le salut et la ruine d’un être humain résident dans le fait que, menant une mauvaise vie, il peut obscurcir sa raison pour ne pas voir l’ampleur désastreuse de son état.
Si la vie ne suit pas ta conscience, l’abrutissement pliera ta conscience à refléter ta vie.
Quand des soldats sont à couvert sous le feu sans rien à faire, ils cherchent de toutes leurs forces une activité pour supporter plus facilement le danger. À certains moments, tout le monde ressemble à ces soldats, essayant de se sauver de la vie : certains par l’ambition, certains par les cartes, certains par la rédaction de lois, certains par les femmes, certains par les jeux, certains par les chevaux, certains par la chasse, certains par le vin et certains par les affaires d’État.
Il est difficile d’imaginer la transformation bénéfique que subirait toute la vie humaine si les gens cessaient de s’intoxiquer et de s’empoisonner avec la vodka, le vin, le tabac et l’opium.
On dit des adeptes de cette secte qu’à la fin de leurs rassemblements ils éteignent les lumières pour s’adonner à la débauche. Dans notre société, pour s’adonner constamment à la débauche, les gens doivent éteindre sans cesse la lumière de leur raison avec des substances intoxicantes.
L’une des principales conditions pour l’amélioration de la vie des gens de notre temps est de se libérer de l’influence qui s’exerce sur eux, et pourtant ils font tout pour se maintenir dans cet état par le tabac, le vin et la vodka.
Le fait que le gouvernement assume la responsabilité de fournir de l’alcool, qui corrompt et détruit les âmes et les corps des gens tout en en profitant, est la preuve la plus claire, même sans autre démonstration, que le gouvernement non seulement ne se soucie pas, comme il le prétend, de la moralité et du bien du peuple, mais lui nuit de la manière la plus évidente au profit des individus qui le composent.
Tant que s’intoxiquer par quelque moyen que ce soit n’est pas encore un crime, cela prépare néanmoins à tout crime.
Le vice et, surtout, l’absurdité de la vie des gens de notre temps sont principalement causés par un état constant d’ivresse auquel ils se plongent. Des gens sobres seraient incapables de faire même une petite fraction de ce qui se fait aujourd’hui dans notre monde.
Tu dis que ce n’est pas important si les gens boivent ou fument ou non. Si ce n’est pas important, qu’est-ce qui t’empêche d’arrêter, quand tu sais parfaitement le mal que ton exemple cause à toi-même et aux autres ?
