Si la vie est un bien, la mort l’est aussi, car elle en constitue une condition nécessaire.
La mort est une libération de l’unilatéralité de la personnalité. C’est probablement pourquoi la majorité des défunts ont une expression de paix et de tranquillité sur le visage. La mort de toute personne bonne est calme et facile ; mais être prêt à mourir, mourir de bon gré et avec joie — c’est le privilège de celui qui s’est renoncé, qui a rejeté et nié la volonté de vivre. Seul un tel homme a un désir réel, et non apparent, de mourir, et par conséquent, ne réclame ni ne demande une existence future pour sa personnalité.
— Schopenhauer
Où sont les morts ? Au même endroit que les non-nés.
— Sénèque
Si nous craignons la mort, la raison n’en est pas dans la mort, mais en nous. Plus un homme est bon, moins il craint la mort. Pour un saint, il n’y a pas de mort.
La mort corporelle détruit ce qui unit le corps — elle détruit la conscience de la vie temporelle. Mais cela nous arrive constamment et quotidiennement lorsque nous nous endormons. La question est : la mort corporelle détruit-elle ce qui unit toutes les consciences successives en une seule, c’est-à-dire mon rapport particulier au monde ? Pour l’affirmer, il faut d’abord prouver que ce rapport particulier au monde, qui unit toutes mes consciences successives en une seule, est né avec mon existence corporelle et mourra donc avec elle. Et cette preuve manque. Raisonné à partir de ma propre conscience, je vois que ce qui unit toutes mes consciences en une seule est une certaine réceptivité à une chose et une froideur envers une autre, en vertu de quoi une chose reste en moi tandis qu’une autre disparaît — le degré de mon amour pour le bien et de ma haine pour le mal — et que ce rapport particulier du monde qui fait de moi un individu particulier n’est pas le résultat d’une cause extérieure, mais la cause première de tous les autres phénomènes de ma vie. Raisonné à partir de l’observation, il me semble que les causes de mon moi particulier résident dans les particularités de mes parents et les conditions qui les ont influencés ainsi que moi ; mais, en raisonnant plus loin sur cette voie, je ne peux m’empêcher de voir que si mon moi particulier réside dans la particularité de mes parents et les conditions qui les ont influencés, il réside aussi dans les particularités de tous mes ancêtres et les conditions de leur existence — jusqu’à l’infini, c’est-à-dire au-delà du temps et de l’espace — ce qui signifie que l’origine de mon moi particulier se trouve au-delà de l’espace et du temps, et c’est précisément ce dont je suis conscient.
Avant la vieillesse, j’ai essayé de bien vivre ; en vieillesse, j’essaie de bien mourir. Et bien mourir, c’est mourir de bon gré.
— Sénèque
Ceux qui ne comprennent pas la vie ne peuvent manquer de craindre la mort.
Tu crains la mort, mais réfléchis : et si tu étais condamné à une vie éternelle dans ta même personnalité ?
