Le savoir n’est véritablement du savoir que lorsqu’il est acquis par l’effort de votre propre pensée, et non par la simple mémorisation.
Ce n’est que lorsque nous oublions tout ce que nous avons appris que nous commençons à connaître. Je ne me rapproche pas d’un cheveu d’un objet naturel tant que je suppose y avoir été introduit par un savant. Pour le concevoir pleinement, je dois, pour la millième fois, l’aborder comme quelque chose de totalement étranger.
— Thoreau
Un afflux constant des pensées d’autrui doit nécessairement freiner et étouffer les nôtres, et, à moins que notre faculté de penser ne soit assez robuste pour résister à ce flux artificiel, celui-ci peut, à la longue, l’affaiblir complètement. C’est l’une des raisons pour lesquelles la lecture et l’étude incessantes troublent l’esprit ; une autre est que le système de nos propres pensées et de nos connaissances perd son intégrité et sa continuité lorsque nous l’interrompons si souvent pour faire place à un enchaînement d’idées totalement différent. Disperser ses pensées pour faire de la place à celles des livres revient, selon moi, à vendre sa propre terre pour aller voir celle des autres — ce que Shakespeare reprochait déjà aux voyageurs de son temps.
Il est même nuisible de lire sur un sujet avant d’avoir pris le temps d’y réfléchir par soi-même. Car, avec les nouvelles informations, s’insinue aussi le point de vue d’autrui, son jugement, et il devient alors d’autant plus probable que, par paresse ou indifférence, on cherche à s’épargner l’effort de penser en adoptant des idées toutes faites. Si cette habitude s’enracine, les pensées suivent un cours banal, comme des ruisseaux se déversant dans des fossés, et il devient deux fois plus difficile de faire naître une pensée originale. Voilà pourquoi l’indépendance de pensée est si rare chez les personnes instruites.
— Schopenhauer
Le savoir est comme une monnaie courante. Un homme peut être en droit d’en être fier s’il en a extrait l’or par son travail, l’a éprouvé et frappé, de sorte qu’il soit reconnu comme authentique par tous ; ou s’il l’a honnêtement acquis, déjà éprouvé. Mais s’il n’a rien fait de tout cela et qu’il ne l’a reçu que comme une pièce jetée à son visage par un passant, de quoi pourrait-il être fier ?
— John Ruskin
Il est moins nuisible à l’esprit humain de ne rien apprendre du tout que d’apprendre trop tôt et trop de choses.
Le mérite des plus grands penseurs réside précisément dans le fait qu’ils ont exprimé, indépendamment des livres et des traditions antérieures, ce qu’ils pensaient eux-mêmes, et non les idées de leurs contemporains ou de leurs prédécesseurs. De la même manière, chacun de nous doit guetter et saisir ces pensées lumineuses qui, de temps à autre, s’embrasent dans notre conscience comme des étincelles. Ces instants d’illumination intérieure ont bien plus de valeur pour nous que l’étude et la contemplation de toute une constellation de poètes et de sages.
— Emerson
La pensée n’anime la vie que lorsqu’elle est produite par votre propre esprit, ou du moins lorsqu’elle répond à une question née dans votre âme. La pensée d’autrui, acceptée par votre esprit et votre mémoire, n’a aucun effet sur la vie et peut coexister avec des actions qui lui sont contraires.
Lisez moins, étudiez moins, pensez davantage. N’apprenez des maîtres et des livres que ce dont vous avez réellement besoin et envie de savoir.
