Parmi tous les péchés, la colère contre son frère est la seule qui soit directement contraire au bien principal de la vie humaine — le bien de l’amour — et, par conséquent, aucun autre péché n’a autant de certitude de priver l’être humain du meilleur bien de la vie.
Le sage romain Sénèque disait que la meilleure façon de contenir sa colère est de s’arrêter et de ne rien faire dès qu’on sent la colère monter en soi : ne pas marcher, ne pas bouger et ne pas parler. Si l’on laisse le corps et la langue agir librement, la colère ne fera que s’intensifier. Sénèque dit aussi que, pour briser l’habitude de la colère, il est bon d’observer attentivement les autres lorsqu’ils sont en colère. Quand vous regardez les autres et voyez comment ils se comportent sous l’effet de la colère, quand vous voyez qu’ils deviennent semblables à des ivrognes, à des bêtes, que leur visage rougit, qu’ils sont furieux et hideux, que leur voix devient répugnante et rauque, quand vous entendez leurs propos grossiers, souvenez-vous que si vous cédez à la colère, vous deviendrez vous aussi aussi repoussant qu’eux.
— Sénèque
Les gens sont souvent incapables de se retenir et cèdent à la colère parce qu’ils pensent qu’il y a quelque chose de viril dans la colère — c’est-à-dire : « Je ne me suis pas laissé insulter et je lui ai répondu comme il fallait. » Mais ce n’est pas vrai. Pour ne pas céder à la colère, il faut se rappeler qu’il n’y a rien de bon dans la colère et qu’il ne peut rien y avoir de bon, et que la colère est un signe de faiblesse, non de force. Quand un homme en colère se bat avec quelqu’un de plus faible que lui, ou le frappe — un enfant ou une femme —, même lorsqu’il frappe un chien ou un cheval, ce qu’il montre n’est pas de la force, mais de la faiblesse.
Autant la colère nuit aux autres, autant elle nuit avant tout à celui qui se met en colère. La colère est toujours plus nuisible que l’injure qui l’a provoquée.
On comprend qu’une personne égoïste et avide fasse du tort aux autres : elle veut posséder leurs biens pour devenir riche elle-même ; elle leur nuit pour son propre profit. Une personne en colère nuit aux autres sans aucun profit personnel et, de plus, en nuisant aux autres, elle se nuit aussi à elle-même.
— D’après Socrate
Celui dont la colère n’a pas de limites, celui que la colère a enveloppé comme une liane, se mènera bientôt lui-même à un endroit où son pire ennemi se réjouirait de le pousser.
— Le Dhammapada
Ton ennemi te rendra la colère, ton haineux se vengera, mais la colère dans ton cœur te fera un mal incomparablement plus grand. Ni ton père, ni ta mère, ni tes proches, ni tes voisins ne peuvent te faire autant de bien que ton cœur lorsqu’il pardonne et oublie une offense.
— Le Dhammapada
Ne considérez jamais votre colère contre les autres comme juste, et ne qualifiez ni ne considérez jamais un seul être humain comme inutile ou perdu.
Un homme se met en colère seulement parce qu’il ne connaît pas la cause de ce qui le met en colère. Car s’il la connaissait, il serait en colère contre la cause, et non contre son effet. Mais la cause extérieure de tout phénomène est si lointaine qu’il est impossible de la trouver ; la cause intérieure, en revanche, est toujours vous-même.
Pourquoi aimons-nous tant accuser les autres et les accuser injustement avec tant de cruauté ? Parce qu’accuser les autres nous décharge de notre responsabilité. Nous pensons que nous allons mal non parce que nous sommes mauvais, mais parce que les autres sont coupables.
Quand des gens se disputent avec colère, un enfant ne peut discerner qui a raison et qui a tort, et s’enfuit tristement de ces gens, condamnant les deux, et il a toujours davantage raison qu’aucun des deux qui se querellent.
