Il y a des gens qui prennent sur eux de décider pour les autres de leur rapport à Dieu et au monde, et il y a des gens, la grande majorité, qui abandonnent ce droit aux autres et croient aveuglément ce qu’on leur dit. Les premiers comme les seconds sont également dans l’erreur.
Il en est d’autres qui, lorsqu’ils entendent que tout doit être réglé, ordonné et fixé, que rien ne sera écrit sinon ce qui passe par la douane de certains collecteurs qui prélèvent leur tonnage et leur taxation sur toute vérité dite librement, se livreraient aussitôt entre vos mains, afin que vous leur fassiez et leur découpiez la religion qu’il vous plaira : il y a des plaisirs, des divertissements et des passe-temps joyeux qui feront passer le jour du lever du soleil à son coucher, et berceront l’année fastidieuse comme dans un rêve délicieux. À quoi bon se tourmenter la tête avec ce que d’autres ont pris si strictement et si invariablement à leur propre compte ? Voilà les fruits qu’engendrera parmi le peuple une connaissance appauvrie et interrompue. Comme une telle unanimité docile serait belle, comme une si belle conformité nous amidonnerait tous ! Je crains pourtant que ce joug de fer de la conformité extérieure n’ait laissé une marque servile sur nos cous ; le fantôme d’une bienséance de linge nous hante encore.
— Milton
Dès que l’être humain rejette son indépendance morale, dès qu’il commence à déterminer ses devoirs non selon sa voix intérieure, mais selon les vues d’une classe ou d’un parti, dès qu’il se dégage de sa responsabilité personnelle sous prétexte qu’il n’est qu’un parmi des millions — à partir de ce moment, il perd sa force morale. Il commence à attendre des autres ce que seul Dieu peut faire, remplaçant la puissance divine par les prescriptions grossières de l’esprit humain.
— Channing
Nous sommes comme des enfants qui répètent par cœur les phrases des grands-mères et des précepteurs, puis, en grandissant, celles des hommes de talent et de caractère qu’ils ont croisés par hasard — se rappelant avec peine les mots exacts qu’ils ont prononcés ; ensuite, lorsqu’ils parviennent au point de vue de ceux qui avaient énoncé ces paroles, ils les comprennent et acceptent de laisser partir les mots. Quand nous acquérons une nouvelle perception, nous sommes heureux de décharger la mémoire de ses trésors accumulés comme de vieux rebuts.
— Emerson
Gardez-vous des faux prophètes, qui viennent à vous en vêtements de brebis, mais qui au-dedans sont des loups ravisseurs. C’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. Cueille-t-on des raisins sur des épines, ou des figues sur des chardons ? Ainsi, tout bon arbre produit de bons fruits, et l’arbre corrompu produit de mauvais fruits. Un bon arbre ne peut porter de mauvais fruits, ni un arbre corrompu de bons fruits. Tout arbre qui ne donne pas de bons fruits est coupé et jeté au feu. C’est donc à leurs fruits que vous les reconnaîtrez.
— Matthieu 7:15–20
Un être humain peut faire usage de la tradition transmise par les sages et les saints du passé, mais il doit se servir de sa propre raison pour éprouver ce qui lui est transmis, et décider ce qu’il faut écarter et ce qu’il faut accepter.
Chacun doit établir par lui-même son rapport à Dieu et au monde.
