Sagesses du 22 janvier

Le meurtre ne peut, en aucune circonstance, être considéré autrement que comme la violation la plus grossière et la plus évidente de la loi de Dieu, telle qu’elle s’exprime dans tous les enseignements religieux et dans la conscience humaine.

1

Où est le Christ ? Où est son enseignement ? Où peut-on le trouver chez les nations chrétiennes ? Il n’est pas dans les institutions ; il n’est pas dans les lois, qui sont imprégnées de l’esprit d’une inégalité injuste ; il n’est pas dans les mœurs, qui sont imprégnées d’égoïsme. Où est l’enseignement du Christ ? Il est dans ce qui doit venir, dans ce que prépare le travail au plus profond de la nature humaine ; il est dans le mouvement qui ébranle les peuples d’un bout à l’autre de la terre ; il est dans les aspirations des âmes pures et des cœurs justes ; il est dans la conscience de chacun, car chacun sait que l’état présent ne peut durer, parce qu’il est mauvais, parce qu’il nie la charité et la fraternité, parce qu’il est un héritage de la tribu de Caïn, déjà rejetée et vouée à être dispersée par le souffle de Dieu.

Lamennais

2

Qu’est-ce que le service militaire ? Je vais vous le dire. Dès qu’un jeune homme grandit, devient fort et capable d’aider ses parents, on l’emmène dans un lieu de rassemblement, on lui ordonne de se déshabiller, on l’examine, puis on lui ordonne de jurer sur la croix et l’Évangile qu’il obéira en tout à ses supérieurs et qu’il tuera tous ceux qu’on lui dira de tuer. Et lorsqu’il obéit à cet ordre, répugnant à la raison, à la conscience et même à la lettre de la loi du Christ, exprimée dans l’Évangile, on l’habille d’un uniforme, on lui donne un fusil, on lui apprend à tirer et on l’envoie tuer des hommes — ses frères. Les hommes qu’on lui ordonne de tuer ne lui ont fait aucun tort, il ne les a jamais vus, mais il tire sur eux parce qu’il a juré de le faire sur l’Évangile — sur le même Évangile où il est dit non seulement qu’il ne faut ni jurer ni tuer, mais qu’il ne faut même pas se mettre en colère contre son frère.

3

Le service militaire corrompt les hommes en général, en plaçant ceux qui y entrent dans un état de complète oisiveté, c’est-à-dire dans l’absence de travail raisonnable et utile, et en les affranchissant des devoirs humains ordinaires, remplacés seulement par l’honneur conventionnel du régiment, de l’uniforme et du drapeau, ainsi que par un pouvoir sans limite sur autrui d’un côté, et une obéissance servile aux supérieurs de l’autre. L’oisiveté de la vie militaire est particulièrement corruptrice, car si une telle vie était menée par quelqu’un qui ne fût pas militaire, il ne pourrait s’empêcher d’en rougir au plus profond de son âme. Les militaires pensent que les choses doivent être ainsi, ils sont fiers et se vantent de vivre de la sorte, surtout en temps de guerre. « Nous sommes prêts à sacrifier notre vie au combat, et donc une vie insouciante et joyeuse n’est pas seulement excusable, mais nécessaire pour nous. Voilà pourquoi nous la menons. »

4

Un homme ne doit pas tuer. S’il tue, alors c’est un criminel, un meurtrier. Deux, dix, cent personnes, si elles le font, sont des meurtriers. Mais un État ou une nation peut tuer autant qu’il lui plaît, et ce ne sera pas un meurtre, mais une œuvre utile, bonne. Il suffit de réunir davantage de personnes, et le massacre de dizaines de milliers d’êtres humains se transforme en travail innocent. Mais combien de personnes faut-il pour cela ? Voilà la question. On ne peut ni voler ni piller, mais une nation entière le peut. Mais combien en faut-il ? Pourquoi une, dix, cent personnes ne devraient-elles pas enfreindre les lois de Dieu, alors qu’un grand nombre le peut ?

Adin Ballou

Un même principe divin habite chaque corps humain, et par conséquent ni un seul être humain, ni un groupe de personnes n’ont le droit de violer cette union établie entre le principe divin et le corps humain, c’est-à-dire de priver un être humain de la vie.