Seuls ceux qui n'ont jamais médité les questions fondamentales et essentielles de la vie peuvent penser et dire que tout est accessible à la raison humaine.
Il y a trois sortes de gens : les uns ne croient à rien qui ne puisse être clairement exprimé en paroles, les autres ne croient qu'aux enseignements dans lesquels ils ont été élevés, et les troisièmes croient à la loi qu'ils reconnaissent dans leur cœur. Les derniers sont les plus raisonnables et les plus fermes. Les gens qui croient aux enseignements dans lesquels ils ont été élevés sont moins raisonnables et moins fermes, mais ils ne sont pas privés de la qualité humaine première : la reconnaissance de quelque chose de supérieur, d'insondable, qui exige que nous menions une bonne vie. Une paysanne qui reconnaît Dieu, ou même saint Nicolas le Thaumaturge, comme quelque chose de supérieur, de spirituel, qui exige le désintéressement et les bonnes actions, est plus proche de la vérité que les gens de la première sorte, qui ne reconnaissent rien que la raison puisse comprendre.
Toutes les origines sont des mystères ; la cause de toute vie individuelle ou collective est un mystère, c'est-à-dire quelque chose que la raison ne peut saisir, quelque chose d'inexplicable, d'indéfini. En un mot, toute individualité est une énigme insoluble, et aucun commencement ne peut être expliqué. À la vérité, tout ce qui arrive peut s'expliquer rétrospectivement, mais le commencement de tout n'a pas eu de cause antérieure. Il reste à jamais le miracle originel de la création parce qu'il n'est pas la conséquence d'autre chose : cela n'arrive qu'entre les choses du passé, les choses qui constituent son entourage, son occasion, son cadre, et qui accompagnent son apparition. Mais l'apparition elle-même reste insondable.
— Amiel
Grâce à ton excellente éducation, tu sais mesurer les cercles et les carrés et toutes les distances entre les étoiles. Ta géométrie peut tout faire maintenant. Donc, si tu es un si brillant savant, mesure l'esprit humain. Dis-moi quelle est sa grandeur ou sa petitesse. Tu sais ce qu'est une ligne droite. À quoi te sert-elle si tu ignores le droit chemin dans la vie ? Il s'avère que toutes les sciences sont entièrement inutiles pour enseigner la vertu. Même si elles sont utiles à autre chose, elles sont sans valeur pour la vertu. Elles ne mènent pas l'esprit à la vertu, elles ne font que déblayer le chemin.
— Sénèque
Le mystère de la vie des plantes est du même ordre que celui de nos propres vies, et le physiologiste ne doit pas prétendre expliquer leur croissance selon des lois mécaniques, ou comme il expliquerait une machine de sa fabrication. Nous ne devons pas espérer sonder avec nos doigts le sanctuaire de toute vie, animale ou végétale. Si nous le faisons, nous ne découvrirons que la surface encore.
— Thoreau
Une chose vue au microscope ou au télescope devient insignifiante.
— Thoreau
Une grande bibliothèque embrouille plus le lecteur qu'elle ne l'instruit. Il vaut beaucoup mieux se limiter à quelques auteurs que de lire beaucoup sans réfléchir.
— Sénèque
Mieux vaut ignorer beaucoup de choses connaissables que d'essayer de sonder l'insondable. Rien ne corrompt et n'affaiblit autant la force mentale et n'alimente autant la vanité que le séjour dans le domaine de l'insondable. Le pire est de prétendre comprendre ce qu'on ne comprend pas.
