Semaine 412026

Lecture de la semaine 2 de octobre

<t>La loi de Dieu et la loi de ce monde Seule la foi peut sauver une personne dans un monde rempli d’erreurs et de ruses du diable ; elle seule nous apprend à reconnaître le bien et le mal, et grâce à elle seulement nous entrons en relation avec les objets spirituels et divins. Aujourd’hui, l’on croit beaucoup de choses qu’il ne faudrait pas croire : la vraie foi chrétienne est considérée comme une illusion, une hérésie, tandis que les coutumes mortes sont prises pour de la foi vivante. Résultat, il s’est établi une profonde division chez les hommes : un camp accuse l’autre d’hérésie, et de là naissent des guerres, des conflits, des meurtres, des incendies, et bien d’autres péchés. Ainsi la foi devient difficile à distinguer, car tout sent l’hérésie et l’inimitié. Dans de telles circonstances, les personnes raisonnables doivent maintenir la vraie foi telle qu’elle a été exposée par les apôtres et donnée une fois pour toutes par Dieu à travers Jésus‑Christ, sans se laisser entraîner par les nouvelles croyances que l’on s’efforce aujourd’hui de promouvoir. Les premiers chrétiens, tels qu’ils furent organisés par les apôtres, vivaient dans l’égalité : personne ne devait rien à personne, mais chacun devait s’aimer et se servir par amour, formant un seul corps uni de plusieurs membres, dont le Christ était la tête. Parmi eux, aucun dirigeant n’occupait de fonctions païennes comme juges ou conseillers municipaux. Les chrétiens vivaient bien sous la domination des païens, et leur rendaient hommage, mais ils évitaient de prendre eux‑mêmes ces charges païennes. Cela a duré plus de trois cents ans, jusqu’à Constantin, qui fut le premier à mêler les chrétiens à la domination païenne et à leur imposer des fonctionnaires adaptés à l’ordre païen. L’idéal vers lequel les apôtres avaient dirigé les chrétiens était bien plus sublime et parfait que celui que les autorités païennes pouvaient offrir : une société unie, guidée par un seul Esprit de Dieu, poursuivant des buts religieux et moraux beaucoup plus élevés que la simple observation de la justice terrestre imposée par la force. Les tribunaux, bien qu’ils puissent aider à la restitution des biens confisqués, entraînent pourtant des péchés que les chrétiens ne peuvent pas éliminer tant qu’ils participent à ces tribunaux. Un chrétien ne doit violer la justice envers personne, ni tromper, et tout dommage causé, il doit le supporter avec grâce, sans rendre le mal pour le mal. Les relations mutuelles que les apôtres ont établies entre les premiers chrétiens reposaient sur la loi du Christ, qui fixe la manière de traiter les opposants à la foi, les séducteurs, les hérétiques : ils doivent d’abord être repris en tête‑à‑tête ; en cas d’échec, devant des témoins ; si rien n’y fait, en parler à l’Église ; et si même l’Église ne les écoute pas, il faut les traiter comme des païens et des publicains, c’est‑à‑dire cesser de communiquer avec eux. De même, l’apôtre interdit la communication avec les adultères et autres pécheurs graves. Une telle structure évangélique de la société est plus à même de corriger une race humaine corrompue que l’ordre païen, avec l’aide des rois et des juges de la ville : le pécheur peut d’abord recouvrer la grâce de Dieu dont ses péchés l’ont privé, et s’il persiste, il est livré au jugement qui mène à la mort. Ainsi, la loi du Christ était entièrement suffisante pour la vie des communautés des premiers chrétiens, et guidées par elle seules, elles se sont soutenues moralement. Mais quand se sont mêlées deux autres lois, la loi civile des rois païens et la loi papale, la morale a commencé à décliner. Ce que constatent les chroniqueurs, et ce que nous voyons de nos propres yeux : ces deux lois détruisent et tuent la foi et la loi de Dieu. C’est pourquoi, nous qui sommes leurs descendants, assis comme à l’ombre de ces lois, nous parlons avec incertitude de la loi de Dieu et du gouvernement de Dieu, car ces deux lois obscurcissent notre regard. Par conséquent, pour ainsi dire en tâtonnant et en m’interrogeant, je pose la question : la loi du Christ est‑elle suffisante, sans les lois humaines qui lui sont attachées, pour fonder et établir sur ce chemin terrestre une société entièrement chrétienne ? Je réponds, non sans appréhension : oui, elle est déjà suffisante, car elle suffisait déjà à former la société chrétienne des origines. La loi du Christ n’a pas été affaiblie par la résistance qu’on lui oppose, ni par la quantité de péchés que l’on lui oppose : elle en a au contraire tiré une force plus grande, et elle suffit donc toujours. Si elle suffisait à convertir les infidèles à la foi, elle suffit d’autant plus à régler l’ordre dans la vie et dans la moralité, à condition que l’on s’en tienne à sa pureté. Et puisque vivre selon les enseignements du Christ est meilleur que de se soutenir par des impuretés humaines, pourquoi douter que les hommes seraient plus parfaits s’ils étaient guidés par la loi de Dieu, plutôt que par ces poisons divers que l’on s’ingère comme un aliment? Le droit civil, ou la loi des rois païens, vise à établir une certaine justice entre les hommes, surtout dans tout ce qui concerne le corps humain et les biens corporels. À l’inverse, la loi évangélique vise l’amélioration spirituelle des hommes. Comme les païens ne croient à leur bien‑être que dans la sécurité du corps et la possession des biens, ils se rangent naturellement sous le gouvernement civil. De même, les chrétiens convertis au paganisme, qui ont rejeté Dieu et sa loi, et ne poursuivent plus que les plaisirs terrestres, la liberté et la paix dans le monde, et l’enrichissement corporel, défendent aussi le pouvoir séculier qui satisfait leurs désirs, et au moindre danger pour leur vie ou leurs biens, ils recourent à l’arme ou au tribunal pour faire restituer ce qui leur a été pris. La justice que le pouvoir laïc cherche à établir est d’abord nécessaire aux dirigeants eux‑mêmes : si chacun allait contre l’autre, et faisait du mal à son prochain, le royaume s’effondrerait. Quant aux autres, les autorités laïques ne se soucient guère des vertus, et tolèrent donc, en plus de l’injustice, bien d’autres péchés. En revanche, le gouvernement du Christ organise une personne dans les vertus, et la conduit à une telle innocence qu’elle peut plaire à Dieu et gagner récompense dans l’éternité. Sous ce gouvernement, l’attitude de l’homme face aux privations corporelles change complètement : il ne se venge pas, cherche pas réparation au tribunal, mais endure patiemment. L’égalité était établie entre les chrétiens, et personne ne devait s’élever au‑dessus des autres ; aussi un vrai chrétien n’oserait‑il jamais devenir le roi des chrétiens. Le commandement apostolique de porter les fardeaux les uns des autres interdit justement à un bon chrétien de devenir un fardeau pour les autres en se faisant roi, car le pouvoir royal représente un poids considérable pour les sujets. Après la mort de Salomon, les Juifs demandèrent à son fils de les délivrer de l’esclavage cruel de son père et de son joug pesant ; Roboam, après avoir consulté des fous pareils à lui, répondit sévèrement : « Mon doigt sera pour vous plus lourd que la colonne vertébrale de mon père. » Il s’en suit clairement que le sage Salomon lui‑même, et toute royauté, constituent un lourd fardeau pour le peuple. Jésus‑Christ lui‑même a interdit à ses disciples de s’élever les uns sur les autres : « Les rois règnent sur les nations, et ceux qui règnent sur elles sont appelés bienfaiteurs. Et vous ne serez pas comme cela : celui qui est plus grand sera comme le plus petit, et le chef comme le serviteur. » Dans l’Ancien Testament, Gédéon, à qui les Juifs offraient la royauté, refusa en disant : « Je ne dominerai pas sur vous, et mon fils ne dominera pas sur vous : que le Seigneur règne sur vous. » L’amour de Dieu ne peut être imposé à l’homme par des mesures coercitives : il repose sur le libre arbitre et se forme à la parole de Dieu. Si le roi corrige les méchants en prêchant la parole de Dieu, il devient alors prêtre, et non plus recours à la puissance qui ne peut rien corriger autrement que par le gibet. Aux hommes qui s’approprient le pouvoir païen afin, au prix de la souffrance des autres, d’organiser pour eux‑mêmes une vie luxueuse, on peut appliquer la parabole de l’Ancien Testament des arbres : l’olivier, le figuier et la vigne refusent de régner, car ils ne veulent pas perdre ce qui fait leur charme ; seul l’arbre épineux accepte, disant : « Si vous m’avez choisi pour roi, alors venez sous mon ombre, et si vous ne le voulez pas, laissez le feu sortir de moi et dévorer les cèdres du Liban. » Les hommes qui jouissent des dons de la grâce de Dieu n’échangeront pas ces dons spirituels contre les biens du corps, la lumière et l’ambition, car ils savent qu’ils ne feront que s’imposer cruauté, insensibilité, violence et dérobages de leurs propres frères. Et l’épine, épineuse et dure, dit hardiment : « Puisque tu m’as choisi pour maître, sache que je serai ton maître, et que je régnerai sur toi, et que chez certains même la peau ne restera pas intacte : je leur couperai les ailes, je les dépouillerai comme un tilleul. » L’autre ajoutera : « Rien, prenez‑le de l’homme : il se relèvera comme un saule près de l’eau. » Ceux qui vivent dans le luxe, le ventre gonflé de graisse, justifient une telle exploitation des gens ordinaires. Aucune loi humaine ne peut autant améliorer la morale des hommes que la loi de Dieu. La loi de Moïse était une bonne loi, mais un chrétien ne peut être guidé par elle, car elle a été dépassée et remplacée par une autre loi : la loi du Christ, qui repose tout entière sur l’amour de Dieu et du prochain. L’intervention de deux pouvoirs, laïc et spirituel, dans l’Église chrétienne a violé l’état de pureté et d’innocence dans lequel elle avait été établie par les apôtres et où elle s’était maintenue pendant trois cent vingt ans. Même si beaucoup jugent utile cette intervention pour la foi, elle n’est pas de la foi, mais un poison, qui reste poison, et une foi mortifère. Les chrétiens doivent donc se souvenir que, gardant la vraie foi, ils ne peuvent pas dominer les autres selon la coutume païenne. Pendant ce temps, les docteurs de l’antéchrist considèrent ce pouvoir séculier comme la « troisième partie de l’Église ». Selon les enseignements de l’Église romaine, le pouvoir séculier repose sur l’Écriture, en particulier sur le passage où les soldats demandent à Jean‑Baptiste : « Que devons‑nous faire ? » et il leur répond : « N’extorquez, ne calomniez personne, et contentez‑vous de votre salaire » (Luc 3, 14). Ces paroles, à elles seules, ne pouvaient suffire à aiguiser l’épée des chrétiens pour qu’ils versent du sang humain ; mais Augustin, grand pilier de l’Église romaine, a donné à ce texte un sens qui justifie la guerre chrétienne en disant : « Si l’enseignement chrétien condamnait complètement la guerre, ceux qui s’étaient convertis à Jean‑Baptiste auraient reçu le conseil de se coucher les armes et de quitter le métier de soldat ; puisqu’il leur ordonne de se contenter de leur solde, il ne rejette pas leur métier militaire, et donc ne condamne pas la guerre. » Le second texte invoqué par l’Église romaine est : « Que toute âme soit soumise aux autorités supérieures, car il n’y a pas de pouvoir qui ne vienne de Dieu ; les autorités qui existent ont été établies par Dieu » (Romains 13, 1). C’est là la base principale sur laquelle les docteurs fondent le pouvoir laïc ; un maître de l’université de Prague prétendait que je devais l’admettre également, et que, si je n’admettais pas cela, je serais hérétique. À l’appui de leur doctrine, ces maîtres invoquent encore plusieurs arguments : que la loi humaine, qui punit certaines actions de mort, ne contredit pas la loi divine : 1) Le commandement « tu ne tueras pas » n’interdit pas de punir les coupables de mort, car le juge ne tue pas, c’est la loi qui le contraint ; 2) Dieu est celui qui donne la vie et la mort, et, puisque les rois sont établis par Dieu, ils peuvent aussi faire de même ; 3) L’apôtre Paul dit que ceux qui commettent de telles choses sont dignes de mort, et que l’épée est l’instrument de la colère de Dieu ; 4) Dans l’Évangile, le maître dit : « Mes ennemis, ceux qui ne voulaient pas que je règne sur eux, amenez‑les ici et abattez‑les devant moi » ; 5) Cyprien, à propos du commandement de tuer les idolâtres dans l’Ancien Testament, affirme que si un tel ordre existait avant la venue du Christ, à plus forte raison doit‑il être observé après, comme les paroles de saint Paul le confirment : « Ceux qui commettent de telles choses sont dignes de mort. » Augustin et Jérôme, ainsi que saint Grégoire, interprètent de même le commandement « tu ne tueras pas », et enfin saint Augustin. De là ils veulent faire de Dieu deux bouches, qui, des lèvres de la loi, disent : « Tu ne tueras pas », et, de la bouche de l’épée, « tue ». À présent, Jésus est très pauvre ; les foules ne le suivent plus, sinon quelques parias et une pitié déraisonnable, qui traînent derrière lui comme une mouche sortie d’un lavabo. Mais les savants sont très riches et glorieux dans le monde ; ils ont engendré une multitude de serviteurs de Dieu armés d’épées, et tout le monde les admire. Le sage de la lumière regardera Jésus, le verra abandonné, vêtu de pauvreté, souffrant, et il le quittera pour aller chez les savants, qui, selon leurs lois, servent Dieu « en sûreté » dans les foules, dans les églises, à la guerre, sous la torture, dans les institutions gouvernementales, au pilori et à la potence. Ce service vaste et mondain paraîtra grand aux yeux de la sagesse humaine, et seuls les insensés, à ses yeux, suivront Jésus, que la lumière elle‑même raillera. Ce qui est le plus contraire à l’enseignement du Christ, c’est le service de l’épée, car il consiste à rendre le mal pour le mal.

Peter Khelchitsky, XVe siècle