Une vie qui oublie la mort et une vie qui sent chaque heure son approche sont deux états absolument différents.
Plus la vie passe de la sphère matérielle à la sphère spirituelle, moins la mort est effrayante. Pour un être humain qui mène une vie entièrement spirituelle, cette crainte n’existe pas.
Quand vous êtes fermement convaincu et que vous vous souvenez qu’à tout moment vous pouvez avoir à quitter votre enveloppe extérieure, votre corps, c’est-à-dire à mourir, il vous est plus facile d’agir justement et selon la vérité, plus facile de vous soumettre à votre destin. Pensez seulement à ne pas vous écarter de la vérité dans toute tâche qui vous attend aujourd’hui et à porter fidèlement ce qui va vous arriver. Vivez ainsi, et non seulement les commérages, les rumeurs et les attaques des autres ne vous troubleront pas, mais vous cesserez même d’y penser, et tous les malheurs qui pourront vous atteindre vous paraîtront insignifiants, parce qu’en vivant ainsi tous vos désirs se fondront en un seul : servir la volonté de Dieu. Et cela, vous pouvez toujours le faire.
— D’après Marc Aurèle
Pensez plus souvent à la mort et vivez comme si vous saviez que vous devez bientôt mourir. Chaque fois que vous avez des doutes sur la meilleure conduite à suivre, imaginez que vous mourrez avant la nuit ; vos doutes se dissiperont aussitôt, et il vous deviendra immédiatement clair quelle conduite est votre devoir et quelle conduite n’est qu’un produit du désir personnel.
La pensée de la mort prochaine ordonne tous nos actes selon le degré de leur véritable importance pour notre vie. Un homme condamné à mort immédiatement ne se souciera ni d’accroître et de protéger sa fortune, ni de se faire une bonne réputation, ni du triomphe de son peuple sur les autres, ni de la découverte d’une nouvelle planète, etc. ; mais quelques instants avant sa mort, il cherchera à consoler quelqu’un de triste, aidera un vieil homme tombé à se relever, bandera une blessure, réparera le jouet d’un enfant…
J’aime mon jardin, j’aime lire des livres, j’aime caresser des enfants. La mort me prive de cela, c’est pourquoi je ne veux pas mourir, et j’ai peur de la mort. Il se peut que toute ma vie soit faite de tels désirs passagers et mondains ainsi que de leur satisfaction. Si tel est le cas, alors je ne peux qu’avoir peur de ce qui met fin à ces désirs. Mais si ces désirs et leur satisfaction changent en moi et sont remplacés par un autre désir — le désir d’accomplir la volonté de Dieu, de m’abandonner à lui tel que je suis maintenant, et tel que je serai encore de bien d’autres manières — alors, plus ma volonté sera remplacée par la volonté de Dieu, moins j’aurai peur de la mort, et moins la mort existera pour moi. Et si mes désirs personnels intéressés sont complètement remplacés par le désir de faire la volonté de Dieu, alors il ne me restera rien d’autre que la vie. Remplacer le passager et le mondain par l’éternel — telle est la voie de la vie, et c’est là que nous devons aller. Mais comment ? C’est ce que chacun de nous sait dans son âme.
Se rappeler parfois la mort, c’est vivre sans y penser. Au lieu de nous souvenir de la mort, nous devons vivre calmement et joyeusement avec la conscience de son approche constante.
