Il n’existe aucun raisonnement qui puisse ramener le spirituel au matériel et expliquer comment le spirituel naît du matériel.
Un être humain se considère comme à la fois son corps et son âme. Mais il ne se soucie que de son corps, surtout lorsqu’il est jeune. Or, ce qu’il y a de principal dans l’être humain, ce n’est pas le corps, mais l’âme. C’est pourquoi ce n’est pas du corps qu’il faut prendre le plus de soin, mais de l’âme. Habitue-toi à cela, rappelle-toi plus souvent que ta vie est dans ton âme, protège-la de toute la saleté quotidienne, ne laisse pas le corps l’écraser, soumets le corps à l’âme — fais cela et tu accompliras ton but et vivras une vie heureuse.
— D’après Marc Aurèle
Tout se ramène à ceci : croyons-nous que l’âme est réelle ? Sur le plan spirituel, les hommes se divisent en vivants et en morts, c’est-à-dire en croyants et en non-croyants. Le non-croyant dit : « Quelle âme ? Ce que je mange et ce dont je jouis, voilà ce qui est à moi ! » Et, sans trop réfléchir, il ne se soucie que de ce qui est extérieur, tandis qu’il commet ses actes charnels et mauvais, ment, s’élève au-dessus des autres, rampe devant eux, et ne ressent pas en lui les besoins supérieurs de liberté, de vérité et d’amour. Un tel homme est enseveli loin de la lumière de la raison parce qu’il est mort, et parce que la lumière ne donne la vie qu’aux vivants, tandis qu’aux morts elle dessèche et fait pourrir. La foi en la réalité de la vie spirituelle donne une autre direction à la pensée humaine. Celui qui croit à la vie spirituelle tourne son attention vers l’intérieur, cherche à comprendre ses sentiments et ses pensées, cherche à diriger sa vie selon les besoins les plus élevés : la rendre libre, véridique et aimante ; il s’efforce d’agir de telle sorte que sa vie soit composée de pensées et de sentiments qui soient le plus conformes aux fins du bien. Un tel homme cherche la vérité et s’avance vers la lumière, car la vie de l’âme est impossible sans la lumière de la raison, tout comme la vie du monde visible est impossible sans la lumière du soleil. Parmi les hommes, il n’y a ni habitants parfaits des ténèbres, ni habitants parfaits de la lumière ; chacun est à un carrefour, et, ayant la possibilité de se mouvoir, chacun va tantôt d’un côté, tantôt de l’autre. Et quiconque croit à la réalité de l’âme, qui vit sous la lumière de la raison, demeure dans le royaume de Dieu et possède la vie éternelle.
— Buka
Que les savants et les philosophes inventent leurs déterminismes, leurs lois du mouvement, qu’ils pensent que le monde est le produit d’une série d’accidents. Moi, je vois dans le monde une unité de dessein qui, malgré leurs affirmations, m’oblige à admettre une origine unique. Ce serait la même chose que s’ils me disaient que l’Iliade a été composée en jetant au hasard les lettres d’une casse typographique. Je répondrais sans hésiter : ce n’est pas vrai, même si je n’ai aucune raison de ne pas le croire sinon que je ne peux pas le croire. « Tout cela n’est que superstition », disent les savants. Peut-être est-ce de la superstition — réponds-je —, et pourtant que peut faire votre raison incertaine contre une superstition plus convaincante ? Vous dites : « Il n’y a pas deux origines, l’une spirituelle et l’autre matérielle. » Je dis qu’il n’y a rien de commun entre ma pensée et un arbre. Et ce qu’il y a de plus amusant, c’est que leurs sophismes se détruisent d’eux-mêmes, car ils attribueraient plus volontiers une âme à une pierre que d’en admettre l’existence dans un être humain.
— Rousseau
Je ne sais pas si un chien peut choisir, se souvenir, aimer, craindre, imaginer ou penser ; donc, quand on me dit que toutes ces choses en lui ne sont pas des passions, ni des sentiments, mais des opérations naturelles et nécessaires de son organisme, composé de diverses combinaisons de particules de matière, je puis accepter cette opinion. Mais je pense, et je sais que je pense. Qu’y a-t-il de commun entre ce qui pense et quelque autre combinaison de particules de matière, c’est-à-dire un espace divisible dans toutes ses dimensions — longueur, largeur et profondeur ?
— La Bruyère
Si tout n’est que matière et si les pensées en moi, comme chez tous les êtres humains, ne sont que le résultat de combinaisons de particules de matière, alors qui donc, dans le monde, a eu l’idée de quelque chose comme des êtres qui ne seraient pas matériels ? Comment la matière peut-elle être la cause de quelque chose qui la nie et l’exclut de sa propre existence ? Comment cela pourrait-il être ce qui pense dans un être humain, c’est-à-dire ce qui agit pour persuader un être humain qu’il n’est pas matière ?
— La Bruyère
La métaphysique existe réellement, sinon comme science, du moins comme disposition naturelle, parce que la raison humaine, avançant inéluctablement, poussée non seulement par un désir orgueilleux de savoir, mais par nécessité, parvient à des questions auxquelles aucune activité pratique de la raison ni aucun principe qui en dérive ne peut répondre. Ainsi, chacun dont la raison s’est élargie jusqu’à la spéculation a toujours eu quelque forme de métaphysique ; et ils en auront toujours une.
— Kant
La différence entre le spirituel et le matériel est aussi claire pour l’esprit le plus simple d’un enfant que pour l’esprit le plus profond d’un sage. Les raisonnements et les arguments sur le spirituel et le matériel sont inutiles. Ils n’expliqueront rien et ne feront qu’obscurcir ce qui est clair et indiscutable.
