Le souvenir de la mort apprend à l’être humain à choisir, parmi les tâches qui s’offrent à lui, celles qui sont toujours achevées. Et ces tâches sont les plus nécessaires.
On dit que l’être humain a un désir particulièrement fort de rester en vie. C’est juste. Mais la plus grande part de ce désir est entretenue par d’autres personnes. Par nature, l’être humain ne se soucie de sauver sa vie que dans la mesure où cela dépend de lui. Dès qu’il sent qu’il n’en a plus les moyens, il se calme et cesse de souffrir inutilement. Le moyen de l’obéissance nous est donné par la nature elle-même. Les sauvages, comme les animaux, ne luttent pas contre la mort et la supportent sans se plaindre. Quand ce moyen est perdu, un autre est établi, qui vient de la raison, mais peu de gens l’utilisent.
— Rousseau
Comme tu dois mourir bientôt ! Et pourtant tu ne peux toujours pas te libérer de la feinte et des passions, ni te détacher du préjugé selon lequel le monde matériel extérieur peut nuire à un être humain, ni être doux envers tous.
— Marc Aurèle
Un sage pense davantage à la vie qu’à la mort.
— Spinoza
Pour l’âme, il n’y a pas de mort, et c’est pourquoi celui qui mène une vie spirituelle est libre de la mort.
Si tu veux t’habituer à contempler la mort sans peur, essaie d’imaginer vivement et de te voir à la place de ceux qui étaient attachés à la vie de toutes leurs forces. Ils pensaient que la mort les avait atteints trop tôt. Pourtant, ceux qui avaient le plus vécu, et qui avaient enterré beaucoup de monde, étaient eux aussi finalement morts. Quelle courte est cette durée capable de contenir tant de peine et de mal, et combien fragile est le vase de la vie ! Cette brève minute vaut-elle qu’on en parle ? Pense : une éternité est derrière toi, une éternité est devant toi. Entre ces deux abîmes, quelle différence cela fait-il pour toi de vivre trois jours ou trois siècles ?
— Marc Aurèle
Le désordre entrave la liberté, et la cause du désordre est la procrastination. Être prêt, c’est savoir finir. Rien n’est complet tant que ce n’est pas achevé. Les tâches que nous laissons derrière nous se dresseront donc à nouveau devant nous et nous gêneront. Que chacun de nos jours traite ce qui le concerne, qu’il règle ses tâches, protégeant le jour suivant, et alors nous serons toujours prêts. Savoir être prêt, en essence, c’est savoir mourir.
— Amiel
Les gens disent souvent : « Cela ne vaut pas la peine de le faire maintenant, je vais bientôt mourir. » Tout ce qui ne vaut pas la peine d’être fait quand on est sur le point de mourir ne valait pas non plus la peine d’être fait à aucun autre moment. Mais il y a quelque chose qui vaut toujours la peine d’être fait, et plus on est proche de la mort, plus c’est nécessaire : le travail de l’âme — grandir et développer son âme.
Chaque fois que tu es confronté à un choix entre telle ou telle action, demande-toi comment tu agirais si tu savais que tu mourrais avant la nuit, et, de plus, si personne ne devait jamais apprendre ce que tu as fait.
La mort apprend aux hommes l’art d’achever leurs tâches. De toutes les tâches, il n’en existe qu’un seul type qui s’achève toujours complètement : les tâches de l’amour, qui ne cherche aucune récompense.
