Sagesses du 14 août

Les êtres humains se sont tellement habitués à maintenir l’ordre extérieur de la vie par la violence qu’ils ne peuvent imaginer une vie sans violence. Et pourtant, si des hommes établissent une vie en apparence juste par la violence, alors ces hommes, ceux qui établissent une telle vie, doivent savoir en quoi consiste la justice et être eux-mêmes justes. Mais s’il est possible pour certains de savoir en quoi consiste la justice et d’être eux-mêmes justes, pourquoi les autres ne pourraient-ils pas le savoir et être justes eux aussi ?

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La force est un instrument au moyen duquel les ignorants contraignent leurs adeptes à faire des choses contraires à leur nature ; et, à l’instar d’une tentative de faire couler l’eau au-dessus de son niveau, dès que cet instrument cesse de fonctionner, ses effets prennent aussi fin.

La persuasion, en revanche, est comme un canal creusé dans une rivière, fait uniquement pour que la rivière puisse couler d’elle-même, sans notre attention ni nos efforts. Il n’existe que deux moyens de diriger les actions humaines. Le premier consiste à forcer un être humain à agir contre ses inclinations et ses jugements, et le second à maîtriser ses inclinations, à le persuader par le raisonnement. Le premier est employé par les ignorants, et ses conséquences sont décevantes ; le second est confirmé par l’expérience et couronné de succès. Quand un enfant crie pour qu’on lui donne son jouet, il veut l’obtenir par la force. Quand des parents battent leurs enfants, ils utilisent la force pour les faire obéir. Quand un mari ivre bat sa femme, il le fait dans l’idée de la corriger par la force. Quand un criminel est puni, c’est pour améliorer le monde par la force. Quand une personne en poursuit une autre en justice, elle le fait pour obtenir la justice par la force. Quand un prêtre parle des horreurs des supplices de l’enfer, il cherche à diriger ses auditeurs vers le ciel par la force. Quand une nation fait la guerre à une autre, son but est d’obtenir un état de choses souhaitable par la force. Et ce qui est surprenant dans tout cela, c’est que jusqu’à présent l’ignorance a mené, et continue de mener, l’humanité sur la même voie de violence, qui a toujours conduit, et conduira toujours, à la déception.

Combe

2

Le droit du plus fort n’est pas un droit, mais un simple fait, qui ne peut devenir juste que s’il est rencontré sans protestation ni résistance. Il est comme le froid, les ténèbres et les lourdes charges, qu’il faut endurer jusqu’à ce qu’on trouve la chaleur, la lumière et les leviers. Toute l’industrie humaine est une libération de la puissance de la nature brute ; le progrès de la justice, en revanche, n’est rien d’autre qu’une série de limitations imposées à la tyrannie du plus fort. De même que la médecine consiste dans la victoire sur la maladie, de même le bien consiste dans la victoire sur la brutalité aveugle et les désirs débridés de l’animal humain. Ainsi, je vois une seule et même loi partout : une libération toujours croissante de l’individu et une ascension continue du peuple vers le bien, la justice et la sagesse.

Amiel

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Sans Dieu, on peut contraindre mais non convaincre ; on peut devenir tyran, mais non maître.

Giuseppe Mazzini

4

La violence qui aboutit à une apparence de justice ne fait que rapprocher davantage les hommes de la possibilité de mener une vie juste sans violence.

L’être humain est un être raisonnable, donc capable de mener une vie guidée par la raison, et doit inévitablement remplacer la violence par le consentement libre. Chaque acte de violence qu’il commet retarde cela.