Une personne qui ne comprend pas la bienfaisance de la souffrance n’a pas encore commencé à mener une vie rationnelle, c’est-à-dire vraie.
Tous les grands accomplissements de l’humanité ne sont possibles qu’à la condition de la souffrance. Jésus savait que c’était là ce qu’il devait attendre, lui aussi, et il l’apercevait tout entier : la haine de ceux dont il allait détruire le pouvoir, leurs complots secrets, leur violence, la trahison ingrate du peuple dont il guérissait la maladie et qu’il avait nourri, dans le désert de l’ancienne société, du pain céleste de sa parole ; il voyait même la croix, sa mort et l’abandon par ses propres disciples, plus douloureux encore que la mort elle-même. Et cette pensée ne le quittait pas, mais ne l’arrêtait pas une seule minute. Si sa nature corporelle repousse la « coupe », sa volonté plus forte l’accepte sans hésitation. Et en cela il donne à tous ceux qui poursuivent son œuvre — à tous ceux qui, comme lui, devront peiner pour le salut des hommes, pour leur libération du joug de l’illusion et du mal — un exemple dont il faut se souvenir à jamais. Si les hommes veulent atteindre le but vers lequel le Christ les conduit, ils doivent eux aussi marcher sur le même chemin. Ce n’est qu’en payant ce prix qu’ils peuvent servir autrui. Tu veux que les hommes soient de vrais frères, tu les appelles à suivre les lois de leur nature commune, tu combats toute oppression, toute illégalité, toute hypocrisie ; tu appelles sur la terre le royaume de la justice, du devoir, de la vérité et de l’amour — comment ceux dont le pouvoir repose sur le contraire de tout cela ne se dresseraient-ils pas contre toi ? Te laisseraient-ils vraiment détruire leur temple sans combattre, pour que tu en dresses un autre à la place ; un temple éternel, différent du leur — car il n’est plus l’œuvre de mains humaines — dont les fondations ont été posées par Dieu lui-même ? Renonce à cet espoir, si jamais tu as été assez léger pour l’avoir. Tu boiras la coupe jusqu’à la dernière goutte. Tu seras saisi comme un voleur ; on cherchera de faux témoignages contre toi, et en réponse à ce que tu diras pour ta défense, on criera : blasphème ! Et les juges diront : il mérite la mort. Quand cela arrivera, réjouis-toi : c’est le dernier signe — le signe que tu as bien été envoyé par le Père.
Lamennais
De même que l’obscurité de la nuit révèle les lumières célestes, de même c’est seulement la souffrance qui révèle tout le sens de la vie.
Thoreau
L’esprit ne peut pas grandir et la vie ne peut pas s’étendre sans souffrance — c’est pourquoi la mort est toujours accompagnée de souffrance. La souffrance est une condition nécessaire et bienfaisante de la vie. C’est pourquoi on dit que Dieu aime celui que le malheur visite.
Une fièvre, une mutilation, une cruelle déception, une perte de fortune, une perte d’amis, semblent sur le moment une perte non payée et impayable. Mais les années sûres révèlent la profonde force réparatrice qui sous-tend tous les faits.
Emerson
Le sens de l’Évangile est que la vérité sur la vie humaine est une porte ouverte, par laquelle on passe d’une vie spontanée et inconsciente à une vie consciemment rationnelle ; la souffrance reste souffrance, et la mort reste mort, mais dans une conscience rationnelle elles sont acceptées comme le bien — le bien d’une vie commune, universelle, divine, éternelle, immortelle.
Buka
La manière dont un être humain reçoit son destin est sans doute plus importante que ce qu’est son destin lui-même.
Humboldt
Les petites souffrances nous font sortir de nous-mêmes, tandis que les grandes souffrances nous ramènent à nous-mêmes. Une cloche fêlée rend un son sourd ; casse-la en deux et elle produira de nouveau un son clair.
Jean-Paul Richter
La puissance et la grâce de la religion consistent en ceci : elle explique à une personne le sens de son existence et sa fin ultime. Après avoir rejeté tous les fondements de la morale qui découlent de la religion — comme nous l’avons tous fait à notre époque de science et de liberté intellectuelle —, il n’existe plus aucun moyen d’apprendre pourquoi nous sommes venus dans ce monde et ce que nous devons y faire. Le mystère du destin nous enveloppe de toutes parts de ses questions puissantes et, en vérité, il faut ne pas penser du tout pour ne pas sentir l’angoissante, terrible absurdité de la vie. La souffrance corporelle, le mal moral, la douleur spirituelle, le bonheur des méchants, la destruction de ce qui est juste — on pourrait tout supporter si seulement on pouvait comprendre l’ordre intérieur du monde, si l’on pouvait y voir l’œuvre de la Providence. Un croyant se réjouit de ses blessures, il supporte patiemment l’injustice et la violence de ses ennemis ; le péché, même le crime, ne lui enlève pas l’espérance. Mais pour un être humain en qui toute croyance s’est éteinte, le mal et la souffrance perdent leur sens, et la vie n’apparaît plus que comme une plaisanterie répugnante.
Anatole France
Un être humain qui mène une vie spirituelle ne peut qu’apercevoir que la souffrance le rapproche de son but désiré de perfection ; et pour un tel être humain, la souffrance perd toute amertume et devient un bien.
