Semaine 142026

Lecture de la semaine 1 de avril

Dans le monde de la nature, les plantes et les animaux ne connaissent ni le bien ni le mal ; il en va de même pour le corps humain lorsqu’il est privé de réflexion. La ligne qui sépare le bien du mal apparaît dans l’âme de l’homme, dans sa capacité à percevoir et à comprendre. Dès son plus jeune âge, l’être humain mène une lutte constante contre le mal. Et c’est uniquement dans l’âme que se situe cette lutte, propre à l’homme et féconde. En dehors de ce domaine, la lutte contre le mal est étrangère à l’homme et demeure stérile. C’est précisément ce qu’enseigne le commandement du Christ sur la non-résistance au mal par la violence. Ce commandement indique clairement le lieu du combat contre le mal : il est en soi-même. Les limites de la violence, pour toute personne raisonnable, se restreignent à son propre corps, à sa propre chair, car c’est dans cette maîtrise de soi que réside le travail de l’âme. En revanche, exercer une violence sur autrui, sur un autre corps, ne possède aucune justification raisonnable : cela n’est ni nécessaire ni légitime. L’enseignement de la non-résistance vise justement à révéler l’inutilité de la violence dirigée contre les autres. Qui oserait prétendre qu’un être humain, par sa propre volonté, ne pourrait pas comprendre ce qui est exigé de lui pour vivre dans ce monde ? Affirmer cela reviendrait à nier que Dieu lui a donné la liberté — la liberté de se sauver ou de se perdre — et à nier sa nature rationnelle. La volonté humaine peut certes tenter de dépasser les limites de son être, mais qui peut affirmer que cela soit nécessaire ? Dire que le monde souffrirait de la non-intervention humaine revient à contester la volonté divine elle-même. Le mal du monde réside précisément dans le fait que les hommes étendent leur volonté au-delà de leurs limites, substituant leur propre volonté à celle de Dieu. Ce sacrilège est mis en lumière par le commandement de non-résistance au mal. Selon une logique commune : « le succès justifie l’acte ». Si vous gagnez, vous avez raison. C’est là une conception charnelle, presque animale, de la vérité. Pilate lui-même disait : « Qu’est-ce que la vérité ? » Mais le Christ renverse cette idée : celui qui est vaincu peut être du côté de la vérité. Si vous triomphez par la force, sachez que la vérité n’est pas de votre côté. Elle se trouve chez le vaincu, car c’est en lui que peut se manifester Dieu. Ainsi, la condition humaine sur terre est telle que le seul chemin véritable consiste à ne pas résister au mal par la violence, à ne pas combattre autrui, à accepter d’être vaincu aux yeux du monde, mais uni à Dieu. Ce chemin, bien qu’il semble difficile, est éclairé par la véritable compréhension de la vie. La non-résistance supprime la lutte extérieure et ouvre la voie à une autre forme d’interaction, plus spirituelle, où interviennent d’autres forces et d’autres intérêts. La vocation de l’homme, telle qu’elle apparaît dans l’Évangile — notamment dans la tentation du Christ et son dialogue avec Nicodème — consiste à révéler et à élever en lui cette capacité divine de comprendre et de connaître. Ne pas résister, c’est éveiller en soi le Fils de Dieu, faire renaître le Christ ; résister, c’est au contraire l’étouffer. L’homme est un être rationnel, et son bien réside dans le triomphe de la raison. Mais pour que la raison domine, il faut d’abord apaiser les passions. Ni dans la vie individuelle ni dans la vie collective, la raison ne peut s’imposer sur la base de l’orgueil, de la violence ou du pouvoir. Le commandement de non-résistance permet justement de mettre en pratique cette sagesse. La raison et la conscience sont en chaque homme, et l’Évangile nous invite à les placer au-dessus de tout. Comme il est dit : « Celui qui insulte son frère sera passible de jugement. » C’est dans la conscience et la compréhension que les âmes humaines peuvent trouver l’unité et l’amour. Dans le monde extérieur, chaque être tend à s’aimer lui-même plus que les autres. Mais le commandement de non-résistance abolit cette opposition entre le monde extérieur, marqué par le conflit, et le monde spirituel, fondé sur l’unité. Il réunit ces deux dimensions en un seul Royaume de Dieu, comme l’exprime Jésus : « Vous verrez désormais le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre au-dessus du Fils de l’homme » (Jean 1:51).